Jules Ferry, ancien président du Conseil et figure majeure de la République, prononce à la Chambre des députés un discours consacré à la politique d’expansion coloniale de la France. La séance porte notamment sur des crédits destinés à financer l’expédition française à Madagascar, alors que la France développe également sa présence en Tunisie, en Annam et au Tonkin.
Ferry défend la colonisation au nom de trois séries d’arguments. Il invoque d’abord des raisons économiques, les colonies devant offrir de nouveaux débouchés à l’industrie et au commerce français. Il avance ensuite des arguments stratégiques et politiques : dans une Europe dominée par la rivalité entre grandes puissances, l’expansion outre-mer doit permettre à la France de préserver son rang international. Enfin, il présente la colonisation comme une entreprise de « civilisation », affirmant que les puissances européennes auraient une mission particulière envers les peuples qu’il qualifie de « races inférieures ».
C’est dans ce contexte qu’il prononce la phrase devenue emblématique : « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures », auquel correspondrait selon lui « le devoir de civiliser les races inférieures ». Cette conception repose sur les théories hiérarchisant les peuples alors présentes dans une partie de la pensée européenne et sert à justifier l’expansion et la domination coloniales.
Le discours suscite toutefois de vives oppositions au sein même de la Chambre. Des députés dénoncent notamment la contradiction entre cette doctrine coloniale et les principes d’égalité proclamés par la Révolution française et la Déclaration des droits de l’homme. Georges Clemenceau, adversaire de Ferry sur la question coloniale, réfute quelques jours plus tard l’idée de « races supérieures » et de « races inférieures », estimant qu’elle revient à faire primer la force sur le droit.
Le discours du 28 juillet 1885 constitue ainsi un texte majeur de l’histoire de la colonisation française sous la Troisième République.
Sources : Intelligence artificielle
